Le Lien !Le P.C.F. a-t-il encore sa place en France ?
Fort de son histoire, de nombre d’adhérents, de son implantation et de son rayonnement, le P.C.F. est aujourd’hui en France le principal parti ouvrier. Pourtant, ses prises de positions son intégration à l’appareil d’Etat font de lui un parti révisionniste soumis à une dictature bourgeoise, un parti social-démocrate dont le but est d’amuser le terrain sous couvert de « luttes dans la rue et dans les urnes », pour finalement mieux se rallier la gauche plurielle. Le P.C.F. a donc aujourd’hui une double nature, l’une bourgeoise, l’autre ouvrière, qui s’affrontent en son sein.
Les dirigeants du PC souhaitent diriger leurs efforts de propagande vers les classes moyennes supérieures. Aux élections régionales, la liste conduite à Paris par Marie-George Buffet (un grand machin réformiste surnommé « gauche populaire et citoyenne »), a augmenté son score à Paris centre, et réduit son influence dans les fiefs ouvriers. Les maires communistes ont majoritairement opté pour la destruction des tours et la construction de HLM plus petits et plus chers, voire même une extension du parc privé.
Mais les classes moyennes supérieures, les intellectuels « démocratiques », s’ils voient d’un bon œil le P.C.F., ne votent pas pour lui. Ils ont trop peur des « chars soviétiques », craignent l’ancrage ouvrier propre au P.C.F. ainsi que son histoire. Perdant ses bases ouvrières, le P.C.F. ne gagna pas de nouveaux espaces. C’est l’enseignement des 3,37% de Robert Hue en 2002.
Le seul moyen trouvé par les tenants de la ligne révisionniste qui dirigent le P.C.F. est la liquidation de la structure, par exemple, dans une nouvelle structure réformiste, propre sur elle, avec les éléments petits bourgeois qui constituent l’altermondialisme politique.
Comment caractériser la situation actuelle du P.C.F. ?
Par la poursuite de son déclin organisationnel carabiné avec son intégration à la nébuleuses altermondialiste, également associée au « non de gauche », sans remettre en cause les anciennes compromissions avec la direction du P.S.
Grosso modo, deux types de positions s’affrontent actuellement au sein du P.C.F. : ceux qui veulent pérenniser la structure par la reconquête de l’ancrage ouvrier du parti, quitte à assumer une « traversée du désert » (selon le mot du très critiquable André Gérin), sur le plan des alliances avec d’autres forces, et les tenants de la direction qui sapent le travail militant.
Personnellement, j’ai fait au Congrès national du Parti l’intervention suivante :
Intervention au 33ème Congrès du Parti Communiste Français, dans le débat général sur le chapitre de la base commune de discussion intitulée "le Parti Communiste" (25 mars 2006):
"Sur la question du Parti:
Le mouvement des jeunes contre le C.P.E., dont je suis, est en partie l'expression d'attentes de plus en plus pressantes à l'égard des partis de gauche. Car force est de constater qu'aujourd'hui, il manque encore aux jeunes une issue politique sérieuse, crédible et motivante permettant d'abolir le capitalisme.
Dans le cadre du mouvement, les étudiants ont rejeté les tentatives de récupération social-démocrate. Les étudiants savent que les communistes sont à leurs côtés dans les luttes, ce qui est très important. Mais il reste à construire concrètement l'outil politique crédible du changement, et je ne suis pas en train de parler de 2007.
Je ne suis pas spontanéiste. C'est uniquement par un Parti Communiste révolutionnaire, puissant, indépendant, et à vocation de parti dirigeant de la révolte des classes laborieuses, que nous répondrons aux attentes de la jeunesse et construirons un avenir victorieux.
Comment construire ce Parti?
J'ai bien compris que nous attachons beaucoup d'importance au "rassemblement majoritaire", à la "diversité", à "l'union populaire", et c'est bien cette constante qui fait la force du Parti dans l'histoire.
Mais encore faut-il poser, avec la question de l'unité, la question du contenu de l'unité, ou bien nous tomberons dans la violation de l'unité au cri de "Vive l'Unité!". Je m'explique:
L'introduction du chapitre annonce:
"Quels changements sont nécessaires pour parvenir à conjuguer en pratique, rassemblement, action pour une transformation effective et action dans les institutions?"
Et de poursuivre:
"Quel outil politique nous faut-il pour être à la hauteur des enjeux?"
Comment peut-on construire quelque outil politique que ce soit sans poser la question du Parti en préalable à celle du rassemblement, plutôt que le contraire?
Comment prôner l'union sans associer l'union stratégique avec la lutte idéologique contre les idées (droitières ou gauchistes) qui caractérisent les autres forces?
Précisément, pour construire une visée crédible et motivante, nous devons nous doter d'un parti apte à reconquérir le monde ouvrier et les quartiers populaires, à entraîner la jeunesse radicalisée à nos côtés. Or, pour cela, nous devons mettre l'accent sur l'influence et le rayonnement de notre propre organisation plutôt que sur une hypothétique "dynamique populaire" qui n'a rien d'évident.
C'est au Parti Communiste et à lui tout seul qu'il revient de développer la ligne de masse majoritaire , en assumant son rôle dirigeant hors duquel il n'est point de salut. Ce rôle dirigeant doit s'appuyer avant tout sur les organisations de masse amies, syndicales, associatives, bien plus que sur d'hypothétiques alliés "antilibéraux" de toute évidence peu fiables.
Jusqu'à l'heure actuelle, les révolutionnaires conséquents ont eu bien raison de choisir le P.C.F., car, comme principal parti ouvrier, il était le mieux placé pour remplir ce rôle historique. Mais le P.C.F. n'est pas une fin en soi.
S'il se noie dans une alliance liquidatrice, s'il renonce à sa vocation de parti révolutionnaire à la hauteur de la demande populaire, s'il manque le coche, il ne sera plus jamais, de fait, le centre de gravité du mouvement populaire."
En fait, cette intervention pourrait donner lieu à deux erreurs que nous devons éviter :
a/ l’idée qu’il n’existerait point de salut hors du P.C.F., ce qui est clairement FAUX
b/ l’impasse sur le caractère social-démocrate de la ligne du parti.
Néanmoins, cette intervention exprime en terme clair la réalité de la problématique du P.C.F. S’il applique la politique décrite plus haut, y compris au prix de certains sacrifices, il pourrait certainement remonter la pente. Mais les difficultés croissantes de la dite « opposition interne » du P.C.F. face à la ligne Buffet ne doivent pas échapper à notre analyse, pas plus que l’attachement à la structure ne doit nous aveugler. Les structures vivent et meurent : la seule permanence, c’est le changement. Aux militants révolutionnaires qui sont dans le Parti, ne nous précipitons pas d’une manière définitive, soit vers la rupture, soit vers l’association complète avec le P.C.F., car nul ne sait de quoi demain sera fait. Mais la fin d’une structure ne doit pas nous prendre au dépourvu, nous surprendre ou nous laisser le bec dans l’eau, en proie à la démoralisation, à la dispersion, et à la dislocation de nos forces militantes, comme ce fut le cas au moment de la disparition du Parti Communiste Italien par exemple. Se concentrer sur le combat interne au Parti dans le seul but de le regagner comporte ce risque. Ce qui compte c’est de travailler le plus largement possible avec tous les militants communistes et révolutionnaire, notamment hors du Parti en vue de l’unité de volonté et d’action dont ceux-ci ont besoin.
Samy Dichy