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Mercredi 6 décembre 2006

Les communistes authentiques face aux élections

 

            La première chose à dire sur les élections est que celles-ci bien sûr, ne sont pas « démocratiques ». Quelle que soit la « majorité » ou « l’opposition », les lois sont toujours l’émanation de la classe capitaliste. Les politiciens, les castes de hauts fonctionnaires, ne sont pas sélectionnés par élections : ce sont leurs réseaux, leurs pratiques, leur famille, leur richesses, leur origine de grandes écoles, etc. qui les autorise à gravir les échelons, que ce soit par mandat électif et/ou par nomination. L’administration a sa propre dynamique, ses propres habitudes, quelle que soit la « majorité » en place. Les lois ne sont que l’émanation d’un rapport de force où les capitalistes dominent le pouvoir politique. La campagne électorale est une sorte de rituel servant à éprouver le « présidentiable », présélectionné par les capitalistes, et à le départager de ses principaux challengers. Les médias se chargent de tout mettre en scène.

 

            Normalement, les militants communistes ne sont pas partisans du boycott des élections. Cela n’a rien avoir avec une quelconque illusion sur leur caractère « démocratique ». Mais « le suffrage universel est l’indicateur de la conscience de classe », ainsi que le répétait Lénine. Les élections peuvent nous servir de tribune, de moyen pour le prolétariat de prendre conscience de sa force. Mais, personnellement, le spectacle de la campagne ne me donne pas envie de voter.

 

Le « Grand rassemblement antilibéral » dont personne jusqu’à présent n’a été capable de m’expliquer le programme, est une alliance d’appareils empêtrée dans des batailles bureaucratiques pour savoir qui va imposer son candidat aux autres. Il n’est pas exclu qu’il bénéficie d’une certaine dynamique dans les élections. Mais ses idées sont réformistes. En fait, ce « rassemblement » n’apporte rien que le Parti socialiste n’apporte pas déjà. Ses dirigeants ont beau critiquer le PS autant qu’ils peuvent, plus ils recevront de voix, et plus ils devront s’exercer à gérer les institutions, et plus ils seront en définitive phagocités par le PS… à moins que ceux qui ne sont pas d’accord ne fassent éclater ce rassemblement ! Leur propre force, s’ils en ont, se retournera donc forcément contre eux.

 

Quant aux candidats potentiels se revendiquant « communistes » : si le PC se présente seul, il fera un score négligeable. La LCR ne vise que la petite bourgeoisie intellectuelle. LO, au moins, aura un discours à l’appartenance de classe légèrement plus marqué. Mais, conformément à ses idées trotskistes, elle ne constituera jamais une direction révolutionnaire : elle reste attentiste vis-à-vis de la gauche officielle, et se situe toujours par rapport à elle (dans le but de constituer une sorte de « front unique » avec cette dernière). Persuadée qu’elle est que nous sommes dans une « période de recul », cette organisation ne prendra jamais aucune initiative.

 

S’il y avait dans cette élections un réel candidat communiste, apte à rassembler autour de lui la classe ouvrière, la jeunesse, les quartiers populaires, les précaires, pour remettre en question la légitimité politique de la dictature capitaliste, alors oui, il faudrait voter pour ce candidat. Mais aujourd’hui que fait l’extrême gauche ? Elle essaye péniblement d’occuper un vide, le vide laissé par l’absence d’un réel Parti communiste en France. L’extrême gauche, opportuniste, est là pour amuser le terrain. Elle meuble. Parce que quand le chat n’est pas là, les souris dansent !

 

Le duel Royal – Sarkozy est ce que tout le monde attend. Sarkozy a été imposé comme le « candidat naturel » de la droite, et Royal comme « la seule capable de battre Sarkozy ». Sarkozy va engager le débat sur des questions de fond pour nous amener sur un terrain toujours plus réactionnaire, il veut la « rupture ». Royal, elle, même si elle ne répugne pas à le suivre sur ce terrain, privilégie son « image » sur ses idées. Ce duel-gauche droite représente la stabilité des institutions, mais, en même temps, la physionomie des deux protagonistes est un symptôme de l’usure politique des institutions. Un raz-de-marée PS n’est pas à exclure totalement. Mais, à l’heure de la politique spectacle retenant la moindre phrase pour ou contre celui qui l’a prononcé, Sarkozy restera égal à lui-même, tandis que Royal a toute ses chances de commettre une ou plusieurs de ces « gaffes » dont elle a le secret. Comme pour les législatives allemande ou italienne, de même que pour les présidentielles américaines, le scrutin pourrait être très serré, voire même, pourquoi pas, litigieux.

 

            Mais il faut envisager comme possible la présence de Le Pen au second tour. La possibilité d’un candidat gaulliste (Chirac ? Villepin ? Alliot-Marie ?), étant possible il est concevable que Sarkozy soit évincé dés le premier tour. Personnellement je n’y crois pas trop. Car Sarkozy représente sur le plan politique et idéologique la force la plus apte à gouverner, et il semblerait illogique qu’elle ne fût pas du second tour. De même, Ségolène Royal pourrait aisément « trébucher », disqualifiée elle aussi dés le premier tour, avant de disparaître du devant de la scène aussi vite qu’elle est apparue.

 

            En cas de duel Royal-Le Pen, toute la « gôche » se déplacerait comme un seul homme pour voter Royal. Le Pen ferait un très bon score car il pourrait récupérer une partie du suffrage sarkozyste. Les manifestations anti-Le Pen seraient alors fortement marquées et contrôlées par cette gauche officielle que nous rejetons. Par contre en cas de duel Sarkozy-Le Pen au second tour, on peut tabler sur une explosion sociale dans la jeunesse et les quartiers populaires entre les deux tours. Il faudra alors se battre pour l’annulation des élections. Chose que la gauche officielle, qui approuve le système « démocratique » actuel, sera réticente à faire. Le discours des militants révolutionnaire sera de bâtir pendant les deux semaines de l’entre-deux tour un mouvement national contre ces élections, et le système politique actuel pris dans leur ensemble, puis d’empêcher le second tour d’avoir lieu par tous les moyens. Plus facile à dire qu’à faire ! Pourtant, faire une révolution socialiste en France sera encore plus difficile. Il faut donc savoir ce que l’on veut et s’en donner les moyens ! Il en va de notre responsabilité.

 

Au premier tour, les communistes authentiques seront obligés de participer à la campagne sans avoir de candidat. Le rôle de cette campagne sera de se trouver mieux armé pour affronter la suite. Nous avons une arme : la mobilisation pourrait être un « candidat » inattendu de ces élections. Des attaques comme la loi sur la prévention de la délinquance, les décrets issus de la Commission Hetzel sur l’Université (prévoyant notamment d’ouvrir la porte à la sélection à l’entrée des universités), peuvent nous y aider. Aujourd’hui, les réformistes de différentes obédiences ne veulent rien faire pour favoriser une mobilisation qui risquerait de court-circuiter les élections. Si une lutte s’engage, ce sera sans eux, voire contre eux. Mais, de fait, les élections politiseront la mobilisation en l’amenant immédiatement à poser la question du pouvoir. Le rejet des principaux partis en formera une composante essentielle

 

Samy Dichy

Par Samy Dichy, futur ex-membre du PCF - Publié dans : tactique communiste
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